Pourquoi les francais s’intéressent-ils tant à la météo ?

Sujet indémodable et toujours changeant, la météo émaille les discussions des français.

Au delà des intempéries ravageuses de ces derniers jours dans le sud de la France, c’est le sujet de conversation consensuel par excellence –d’aucuns appellent cela la fonction phatique du langage. Aucune véritable information n’est échangée mais la discussion sert juste à créer un terrain d’entente.

Anouchka Vasak, du réseau « perception et climat » de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), explique:

«Vous savez que vous établirez, avec n’importe quel inconnu, à coup sûr, un lien immédiat et de sympathie. Vous êtes en territoire neutre.»

Aucun autre sujet n’est aussi universel. A part, peut-être, la nourriture… Parler de la pluie et du beau temps, c’est ce qui noircit nos cartes postales et cela évite de trop se creuser la tête.

Mais il y a d’autres raisons, propres aux français, qui font de la météo notre sujet favori. D’abord, le climat particulier de la France : tempéré et variable, rythmé par quatre saisons. Dans un pays couvert de neige toute l’année, la conversation aurait moins de sel.

Le temps passé à parler de la météo serait donc corrélé au côté aléatoire de nos climats. Pour Anouchka Vasak, cette passion est un phénomène sociologique spécifique à nos latitudes et à notre société occidentale prospère ayant le souci du confort, du corps et recherchant le soleil.

Savoir et échanger pour contrôler

Pourquoi cela nous préoccupe-t-il tant aujourd’hui ? Ils sont rares, ceux pour qui les conséquences sont majeures : montagnards, pêcheurs, agriculteurs… Pour les autres, souvent citadins, il s’agit de limiter l’influence des éléments. Notamment pour nos loisirs : aura-t-on de la neige pour aller skier ? Fera-t-il beau à la plage la semaine prochaine ? Si les réponses sont négatives, on change de destination.

Le reste de l’année, ce sont nos déplacements qui sont affectés : embouteillages dus à la neige, aéroports bloqués… On veut savoir pour s’organiser.  Notre capacité à accepter l’incertitude diminue à mesure que les prévisions s’affinent, constate Louis Bodin, ingénieur-prévisionniste-météorologue et présentateur de la météo sur TF1 :

«La société devient plus exigeante, dans tous les domaines. On a horreur de la méconnaissance. On veut des réponses car on supporte de moins en moins de perdre du temps.»

Malgré tout, au XXIe siècle, alors que la technologie nous permet de maîtriser de mieux en mieux notre quotidien, c’est un domaine où nous sommes impuissants. «On doit subir cet air qui change : chaud, froid, humide», ajoute Louis Bodin. On ne peut l’infléchir et l’on trouve injuste d’en dépendre. De quoi alimenter les conversations. Car la discussion météo permet au Français de s’adonner à l’un de ses passe-temps favori : râler. Et quoi de plus facile que de se plaindre du froid et de la pluie ?

Et si plutôt que du mauvais temps, vous parliez du dernier article FranchementBien à vos collègues ce matin ?

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