Poteries de Bavent, savoir-faire normand depuis 175 ans

savoir-faire poterie

Les poteries de Bavent ont connu un véritable succès au XIXème siècle lors du développement des stations balnéaires de la côte fleurie vers 1850 et la construction des vastes villas qui ne s’envisageaient pas sans, à son sommet, un épi de faîtage en poterie vernissée, finition et symbole artistique du goût du propriétaire.

Connaissez-vous les épis de faîtage ?

Ces ornementations en plomb ou en terre cuite sur le toit de maisons traditionnelles françaises depuis le XIème siècle, avaient, à l’époque, un rôle utilitaire puisqu’elles protégeaient le poinçon en bois de la charpente des intempéries. Petit à petit ces ornements ont pris des formes de plus en plus travaillées, fruits, animaux, masques et des couleurs chatoyantes … jusqu’à être une représentation associée à la famille du propriétaire du lieu.

Un peu d’histoire normande

Au 15ème siècle, les potiers s’installent sur la commune de Bavent, en Normandie, où d’importants gisements d’argile leur permettent de réaliser des ustensiles de cuisine et autres poteries.

C’est en 1842, qu’un fabricant de Macon, Pierre Comptet Nerat, séduit par la richesse du gisement, s’installe à Bavent et remet au goût du jour les épis de faîtage si florissants au XVème. Il réalise des épis de faîtages sur les maisons de la côte normandes ainsi que des tuiles vernissées et des pots de fleurs.

En 1903, le beau-fils de Pierre Comptet, Denis Jacquier et son frère Francis, tous deux sculpteurs, réalisent toute une série d’animaux qui ont fait la popularité et le succès des épis de faîtage de la poterie de Bavent et qui est toujours reproduite à ce jour dans ses ateliers.

Aujourd’hui 

Dominique Kay-Mouat a reprit la direction avec passion de cet atelier dans la même magnifique bâtisse anglo-normande de plus d’un siècle qui abrite les artisans qui reproduisent la même technique artisanale. L’entreprise a obtenu le label “Entreprise du patrimoine vivant”.

Le savoir-faire est le même qu’il y a 100 ans. Les épis sont la combinaison d’éléments indépendants, emboîtés : 10 étapes, toutes manuelles et 2 passages au four.

Dans l’atelier, travaillent 5 personnes : Jérémy, Annie, Philippe, Clémentine et Dominique

  • le moulage et l’estampage : C’est le rôle de Jérémy : pour chaque motif, il remplit minutieusement d’argile un moule en plâtre. Plus la forme de l’épi est complexe à réaliser, plus le nombre de moules est important. Certains moules sont composés de vingt à trente morceaux.
  • le séchage et démoulage : Selon le modèle, grand ou petit, le temps de séchage peut prendre plusieurs jours ; le démoulage ne se fait qu’une fois l’objet est totalement sec.
  • la finition : Annie (comme sur la photo) retravaille la forme de l’épi à la main, lui donnant sa forme originale et unique.
  • la poterie : Philippe tourne à la main les bases grâce à un dessin fourni avec des côtes précises. Selon les effets de la cuisson, il doit recalculer toutes les côtes pour les adapter.
  • l’engobage : cette étape consiste à recouvrir l’objet d’une terre blanche, pour pouvoir, par la suite, l’émailler et faire ressortir les couleurs.
  • la cuisson : elle a lieu toutes les quatre semaines, environ. Elle n’est réalisée qu’à partir du moment où le four est plein. Il faut un jour à un jour et demi pour le remplir minutieusement. Une fois rempli, le four part pour plus de 30 heures de cuisson ou doucement, il atteint plus de 1000 degrés. À la fin de la cuisson, les pièces sont maintenues à l’intérieur, le temps du refroidissement.
  • l’émaillage et la cuisson : Ici, c’est Clémentine qui émaille au pinceau. La couleur se révélant seulement après cuisson, il est donc nécessaire de la prévoir lors de la phase de création de la pièce. L’émail est une poudre de verre mélangée à des pigments qui se vitrifie lors de la cuisson et devient brillante, assurant l’étanchéité de la réalisation.

Alors, si vous passez en Normandie, sur la route entre Cabourg et Caen, allez visiter le Mesnil de Bavent, un moment franchement magique !