Pourquoi les français aiment tant le diesel ?

Le diesel occupe une place dominante dans l’industrie automobile française. Pourtant ce carburant vit des jours difficiles. Il fait l’objet d’une campagne très négative depuis quelques mois, accentuée par le récent scandale des moteurs diesels trafiqués de Volkswagen. La maire de Paris Anne Hidalgo promet de l’éradiquer de la capitale, les écologistes appellent à son interdiction nationale.  Le gouvernement vient de décider d’augmenter son coût à la pompe.

Mais pourquoi les français l’aiment-ils tant ?

• Depuis quand date le mouvement pro-diesel?

L’histoire d’amour entre la France et le gazole a débuté à l’après-guerre. À cette époque, agriculteurs et transporteurs obtiennent de l’État un allègement des taxes sur ce carburant qu’ils sont les seuls à utiliser pour leurs camions et tracteurs. Les autorités veulent aussi faire un geste pour soulager les Français qui se chauffent au fioul. Dans les années 60, lorsque la France se lance dans la course au nucléaire, le mouvement pro-diesel s’accélère. Dans les foyers, les Français troquent leur vieux chauffage au fioul contre un chauffage électrique. Les raffineries françaises se retrouvent avec un surplus de gazole. Pour les aider à l’écouler, l’État décide d’inciter les constructeurs à produire des moteurs diesels et poussent les automobilistes vers ce carburant en allégeant le prix à la pompe. Dans les années 80, les constructeurs français se spécialisent dans le diesel, encouragés par des coups de pouce fiscaux qui perdureront.

• Que représente aujourd’hui le diesel dans le parc automobile français?

Le diesel occupe une place dominante dans le parc automobile français. Alors qu’en 1980, seuls 8,4% des voitures roulent au gazole, le ratio atteint la part de 68% au 1er janvier 2015. La bascule est encore plus spectaculaire pour les véhicules utilitaires: entre 1980 et 2015, la part des moteurs diesels dans cette catégorie de véhicule passe de 39% à 95% !
Conséquence: en 2014, le gazole a représenté 81% de la consommation de carburant dans l’Hexagone.

• Où se situe la France par rapport à ses voisins européen sur le terrain du diesel?

Malgré le ralentissement des ventes, l’Hexagone reste l’un des champions européens du gazole. Avec 58,7% de son parc automobile concerné, la France est au-dessus de la moyenne européenne de 52%.

• Quels secteurs pourraient bénéficier d’une réduction du poids du diesel?

La raffinerie serait l’une des principales gagnantes, selon certains observateurs. La crise que traverse cette activité est en effet liée – entre autre – au déséquilibre structurel entre les marchés essences et gazole. «Étant donné que l’on ne peut tirer qu’une certaine quantité de gazole d’un baril de pétrole brut, cette diésélisation a induit, malgré les efforts d’adaptation de l’industrie, un déséquilibre croissant entre la production des raffineries européennes et la demande du marché», explique l’Ufip. Conséquence: l’Europe doit exporter ses excédents d’essence et importer le gazole qu’elle ne peut produire. Le retrait du diesel permettrait donc aux raffineries de retrouver des débouchés pour l’essence.

L’autre secteur gagnant serait celui de la santé. Les voitures diesel sont accusées de contribuer fortement aux émissions de particules fines. «Un véhicule particulier diesel standard émet à l’échappement environ 3 fois plus d’oxydes d’azote et plus de 30 fois plus de particules par kilomètre parcouru qu’un véhicule particulier essence», explique Air Parif sur son site internet. Asthme, allergie, maladies respiratoires ou cardiovasculaires, cancers…les effets néfastes sont importants. Ces particules ont d’ailleurs été classées cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer en juin 2012.

Enfin, l’économie verte pourrait en profiter. C’est le cas par exemple des producteurs de bioéthanol.

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