Cuir marin : le luxe de demain ?

Chaque année, c’est 50.000 tonnes de peaux de poisson qui sont jetées en France. 3 jeunes chimistes français ont eu l’idée de valoriser ces déchets pour les transformer en un produit de luxe. Mais ici, pas de chimie puisque cette tannerie verte souhaite utiliser un circuit de fabrication non polluant. Le cuir de poisson est très résistant, avec un rendu esthétique et un coût de fabrication très abordable.

Connu depuis des siècles, le cuir de raie a été mis au point sous Louis XV. Aujourd’hui, c’est à Saint-Fons près de Lyon que le cuir marin, version carpe ou saumon, baptisé Ictyos par la startup Cuir Marin de France débarque!

Du garage à l’atelier lyonnais

C’est dans un garage à Rueil-Malmaison que le premier test est effectué avec des peaux de saumon récupérées dans des restaurants japonais et des écorces d’arbres de forêts parisiennes. Le premier cuir marin « fait maison » est né !

Après avoir développé le procédé en brasserie pendant plusieurs mois, Cuir Marin de France intègre la plateforme du Centre Technique du Cuir, à Lyon, et finalise le développement du procédé sur foulon.

Aux commandes, 3 jeunes chimistes entrepreneurs qui espèrent bien valoriser une partie des 50 000 tonnes de peaux de poisson qui partent chaque année à la décharge en France. D’un déchet, ils veulent en faire un produit de luxe !

Comme l’explique un des membres de l’équipage : « On a tous un peu en tête l’idée que le cuir de poisson sent mauvais, mais c’est faux  le cuir marin ne sent pas le poisson. Il poursuit : “la peau de poisson est un produit homogène, durable”. La résistance des peaux avec ses fibres de collagène entremêlées est la même que celle du crocodile. Et c’est franchement une bonne nouvelle…

La start up française donne le nom de SQUAMA® aux peaux de poissons comme la carpe ou le saumon qu’ils récupèrent et transforment.

De l’écharnage au palissonnage

Dans l’atelier, les peaux décongelées sont débarrassées de leur chair résiduelle ( l’écharnage ), puis écaillées et nettoyées dans un foulon (sorte de grand tambour rotatif).

A ce stade, on ajoute tannins et teintures végétals et selon le résultat que l’on souhaite obtenir en termes de souplesse, de résistance ou même de couleur, on utilise des extraits de chêne, de châtaignier, de mimosa.

Arrive l’étape où l’on fait sécher les peaux à l’air libre, avant de les passer entre les griffes d’une machine d’assouplissement ( le palissonnage), puis en pressage.

Pour arriver au produit fini, deux semaines de traitements sont nécessaires dont 80 % du temps dans le foulon. Au final, la peau a un aspect exotique, son grain est fin, et souple et son prix est très abordable.

Une start-up verte entre terre et mer

La tannerie se veut résolument verte avec un circuit local et non polluant d’approvisionnement en peaux. Elle a passé des accords avec des mareyeurs, des éleveurs de carpes de la Dombes et une grande chaîne de sushis.

Dans l’atelier de production, on renonce au chrome qui sert aujourd’hui à tanner la quasi-totalité du cuir dans le monde…on utilise des procédés à base de matières végétales comme des déchets de la filière du bois qui n’ont aucun impact sur la déforestation puisque la collecte se porte sur des feuilles, des racines, ou des fruits.

La petite entreprise doit encore installer un équipement “vert” qui permettra de recycler 97 pour cent de l’eau nécessaire au tannage végétal. Elle mène aussi des recherches pour diversifier l’esthétique du tannage végétal et teindre sans colorant.

Aujourd’hui, l’entreprise confectionne entre 1 000 et 2  000 peaux de saumon par semaine et espère d’ici à 5 ans arriver à une taille industrielle. Chaque année, une nouvelle espèce est transformée ! en 2020, ce sera l’esturgeon.

Une petite révolution franchement réussie dans le monde de la tannerie et du luxe.

credit photo : Cuir Marin de France

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